Contribuer à la consolidation économique nécessite d'être vigilant sur les modèles de portages des services de médiation numériques et singulièrement des intervenants qui accompagnent concrètement les bénéficiaires.
Dans l'impact social 3, nous invitons à des modèles d'hybridation de revenus.

Qu'en est-il des intervenants ? Comment garantir que l'arrivée de flux financiers pour financer l'inclusion ne se traduise pas par de l'emploi précaire et instable ? Comment faire que #APTIC soit une opportunité pour la consolidation de celles et ceux qui font ? Bref comment, pétrit de bonnes intentions, ne pas contribuer finalement à une nouvelle forme d'ubérisation?



Selon nous, les hybridations de modèles sous-tendus par #APTIC invitent à conjuguer :

  • emplois salariés portés en direct par une structure.
  • intervenants thématiques et/ou sectoriels pour qui les activités de médiation numérique constituent des compléments de revenus. Les modèles de Coopérative d'Activités et d'Emplois ainsi que les Groupes d'Employeurs nous paraissent les plus agiles pour porter les emplois de ces intervenants.


Nous sommes très réservés sur l'implication dans l'écosystème d'intervenants qui relèveraient de:

  • l'auto-entreprenariat
  • le bénévolat

dans la mesure où ils créent de nombreuses externalités négatives dans le modèle durable et soutenable que propulse #APTIC :

  1. L'auto-entreprenariat et le bénévolat génèrent une inégalité de traitement avec les structures qui font l'effort de créer de l'emploi durable. Ils incitent au moins-disant plutôt qu'à la consolidation.
  2. L'auto-entreprenariat, tout comme le bénévolat créent des contradictions dans le principe de redistribution équitable des richesses produites. 
    De ce point de vue, le bénévolat, de première apparence fondé sur la générosité bienveillante peut créer une forme ultime quoique paradoxale d'ubérisation : d'une part, il n'existe aucune redistribution des richesses produites vers celles et ceux qui délivrent concrètement les services (les bénévoles). D'autres parts, la totalité des valeurs financières sont conservées par la structure qui joue le rôle d'intermédiaire entre le bénéficiaire et celui qui délivre le service et/ou entre le payeur et le bénéficiaire.
  3. L'auto-entreprenariat et le bénévolat, dans leurs formes actuelles, sont, par nature, des cadres peu propices à la construction d'une relation durable avec le bénéficiaire. C'est d'ailleurs pour cette raison que même les grandes ONG s'appuient sur des formats "engageants" pour leurs intervenants.
  4. L'auto-entreprenariat et le bénévolat génèrent une contradiction avec la montée en compétences, qui est dans l'ADN de la démarche qualité portée par #APTIC. Notamment parce qu'ils ne permettent pas d'enclencher des mécanismes de formation continue voire de Gestion Prévisionnelle des Emplois et des Compétences.
  5. L'auto-entreprenariat et le bénévolat produisent mécaniquement une inégalité des territoires : il est plus simple de disposer d'un vivier d'auto-entrepreneurs et/ou de bénévoles en territoire dense qu'en territoire rural. Inexorablement, cela conduit à créer un secteur de l'inclusion numérique à deux vitesses et surtout à deux coûts : d'un côté celui des métropoles qui disposerait d'une main-d'oeuvre pléthorique, disponible et faiblement rémunérée (voire pas). Et de l'autre celui des territoires ne disposant que de très peu de bénévoles par exemple, nécessitant alors des moyens financiers importants dans des territoires où il en existe peu. Nous serions alors collectivement responsable d'avoir créé "une inclusion des villes et une inclusion des champs". Alors même que l'éloignement des territoires ruraux des services publics et privés est encore plus criant. Et c'est donc sur ces territoires que la promesse du numérique doit impérativement se réaliser.
    Chez #APTIC nous croyons dans la nécessaire solidarité des territoires. C'est pour cette raison que les modèles que nous portons proposent des déploiements équitables. Et pour être soutenables économiquement, les zones denses ne doivent pas s'appuyer sur des modèles non-reproductibles en zones moins denses.
    Ce modèle est celui des grandes plateformes numériques qui contribuent massivement au sentiment de relégation en ne déployant leurs services qu'en zones denses. Même si on constate un mimétisme assez cynique de nombreuses entreprises s'affichant comme "sociales" qui tendent à se développer exclusivement en zones denses (exemple du covoiturage) où il y a tant d'acteurs, alors que les problèmes de mobilité impactent davantage le reste-à-vivre des personnes en zones moins denses. Pourtant l'innovation sociale réside peut-être dans la résolution de cette équation...


Les services civiques : parce qu'ils sont plus "engageant" et qu'ils peuvent déboucher sur de l'emploi durable, les services civiques ne sont pas regardés de la même manière. Néanmoins nous considérons qu'ils constituent potentiellement un mécanisme de moins-disant qui appelle la plus grande vigilance.


Nous incorporons cette dimension dans notre démarche d'éligibilité.


Ainsi, cela nous permet de viser l'externalité positive, véritable impact social, d'un mécanisme de relocalisation d'emploi peu ou pas délocalisable. C'est aussi toute la richesse des emplois de proximité portés par la médiation numérique.